9h30 du matin, une maison coquette, au bout d’une petite route qui serpente sur les contreforts de la Chartreuse, à 15 minutes de Grenoble. Un grand portail à passer puis c’est le sourire d’Annick qui vous accueille.  D’ici le point de vue est imprenable, nous découvrons Grenoble qui s’anime peu à peu. Avec son compagnon Claude, Annick est accueillante familiale depuis deux ans. Pour MonSenior elle revient sur les raisons qui l’ont poussée à ouvrir sa maison pour accueillir des personnes âgées.

MonSenior (MS) : Annick pouvez-vous vous présenter ? 

 Annick G (AG) : Avec plaisir. Je m’appelle Annick G. j’ai 66 ans. Je suis accueillante familiale depuis 2 ans ans. J’accueille, avec mon compagnon Claude, des personnes en perte d’autonomie modérée : il y a trois marches pour se rendre à la salle de bain, mon logement n’est pas adapté aux personnes en fauteuil par exemple. (En savoir plus Qu’est-ce que le GIR ? | Pour les personnes âgées). Je privilégie des accueils temporaires sur des périodes variables qui vont de 2 à 8 semaines. J’aime me balader en nature, bavarder, cuisiner et faire des confitures.

MS : Comment êtes-vous devenue accueillante familiale ? 

AG : Laborantine de formation, j’ai travaillé à l’Institut Pasteur et dans des laboratoires privés de Grenoble durant 20 ans. J’ai ensuite rejoint le commerce de proximité de mon beau-frère afin de lui prêter main forte. J’ai toujours apprécié le contact humain avec la clientèle et l’animation que ces commerces suscitaient dans le village. Après 14 années et en raison de quelques problèmes de santé j’ai été contrainte de changer de métier. Dans le même temps, une amie, dont la maman avait 95 ans et qui n’était plus partie en vacances depuis longtemps, m’a demandé de la remplacer pendant quelques jours. Outre son âge avancé, cette dame prénommée Christiane, était encore plutôt autonome mais ne pouvait pas rester seule chez elle. 

Très vite, j’ai pris quelques renseignements et fait ma première demande d’agrément que j’ai obtenu après plusieurs formations auprès de l’association Sainte Agnès et entretiens psychologiques. 

[Cet agrément leur permet désormais d’accueillir, chez eux, entre 1 et 3 personnes en perte d’autonomie et de bénéficier d’une rémunération comprise entre 1800 euros et 2300 euros par mois et par personne accueillie.]

Peu après, l’obtention de l’agrément, Christiane est venue régulièrement à la maison pour des périodes assez variables. 

MS : Qu’appréciez-vous dans ce métier ? 

AG : Plusieurs choses. En premier lieu c’est le contact humain qui me plaît le plus, la sensation d’oeuvrer en faveur des personnes fragilisées par l’âge ou la maladie. Et puis il ne faut pas voir le grand âge comme la tristesse et la déprime ! Je peux vous dire qu’on plaisante beaucoup ! Les personnes accueillies partagent notre quotidien, elles viennent avec nous si on est invités quelque part, celles qui le souhaitent m’aident à cuisiner, on va se promener… On discute beaucoup avec les personnes, c’est toujours très riche.

MS : Quelles sont vos principales difficultés ?  

AG : Le plus dur c’est quand le lien est difficile à mettre en place entre l’accueilli et nous. C’est arrivé une fois avec une vieille dame. Elle nous avait été adressée par ses enfants qui ne pouvaient pas s’en occuper pendant quelques temps. Elle n’avait pas vraiment envie d’être chez nous. Malgré tous nos efforts nous n’avons pas réussi à créer de relation avec elle. Elle a fini par rentrer chez elle, auprès de ses enfants.

Et puis parfois, c’est à cause de la maladie (comme Alzheimer par exemple) que les relations sont compliquées. A nous de nous adapter pour comprendre et accueillir au mieux ces personnes là.

MS : Comment anticiper ces difficultés ?  

AG : En se formant ! Le département et l’association Sainte Agnès proposent des formations sur plein de sujets différents. Ils font un travail remarquable. Grâce à cela, on apprend à interagir avec toutes les personnes, quelle que soit leur maladie, et le cas échéant à gérer leur agressivité. Cela  m’aide à passer au-delà pour comprendre le problème à l’origine de ces réactions. Ces formations me font beaucoup de bien. J’y vais dès que je peux. Elles m’ont éclairée sur des situations compliquées que j’avais pu vivre et m’ont permis de dédramatiser ce que je prenais comme des échecs.

MS : Avant de connaître MonSenior, comment faisiez-vous pour avoir des personnes à accueillir ? 

AG : Ce qu’il faut savoir c’est que le métier souffre d’un profond manque de visibilité. C’est donc principalement par bouche à oreille que je me fais connaître. Je suis également sur les listes du département. Le problème, c’est que malgré le bouche à oreille il m’arrive trop souvent d’avoir plusieurs semaines sans personne à accueillir.

MS : Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait faire ce métier ? 

AG : Je l’encouragerai et lui dirai combien l’accueil familial est enrichissant. Je suis restée très attachée aux personnes que nous avons hébergées. La rencontre avec les accueillis, les moments partagés, le plaisir d’aider… autant de bonnes raisons de se lancer !